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Discours de Son Excellence Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement Monsieur Kabiné KOMARA Prononcé au Sommet extraordinaire des Chefs d'Etat et de Gouvernement de la CEDEAO

Monsieur le Président en exercice de la CEDEAO,

Madame et Messieurs les Chefs d'Etat et de Gouvernement de la CEDEAO,

Monsieur le Président de la Commission de la CEDEAO,

Distingués invités,

Mesdames et Messieurs,

C'est pour moi un très grand honneur de prendre part au nom du chef de L’Etat guinéen empêché, aux travaux de cette session extraordinaire des Chefs d'Etat et de Gouvernement, consacrée à l'examen de la situation en République de Guinée depuis la prise du pouvoir par l'armée le 23 Décembre 2008.

Il m’a demandé de vous transmettre ses profondes excuses de n’avoir pas pu se rendre disponible pour être parmi vous. Il m’a chargé de vous transmettre ses chaleureuses et fraternelles salutations, celles du CNDD et du peuple de Guinée tout entier.

Je voudrais ainsi transmettre au gouvernement Nigérian et au président de ce grand pays de l’Afrique toute notre gratitude pour l’accueil et la délicate attention dont ma délégation a été l’objet depuis notre arrivée, ce qui ne me surprend guère pour qui connaît la longue tradition d’amitié fraternelle qui a toujours caractérisé les relations entre nos deux pays.

Nous voudrions aussi remercier la CEDEAO pour cette belle initiative relative à notre participation à cette rencontre d’Abuja.
Enfin, nous voudrions remercier tous les pays membres de la CEDEAO pour leur participation à cette réunion, ce qui traduit à quel point la Guinée leur est chère.

Monsieur le Président,

Je voudrais aussi vous exprimer les sincères remerciements et la profonde gratitude des autorités guinéennes, pour la convocation du présent sommet. 
La République de Guinée apprécie à sa juste valeur le grand intérêt que la CEDEAO a toujours accordé à sa situation socio politique.
La tenue de ces assises constitue une expression vivante de l'attachement de notre organisation à la communauté de destin historique de nos peuples, engagée dans la bataille pour la démocratie, la paix et le développement.

Monsieur le Président,

La République de Guinée apprécie hautement les actions menées par la CEDEAO à son égard depuis le décès de son ancien Président, le Général Lansana CONTE et le changement de régime intervenu par la suite.
En effet, la CEDEAO, fermement attachée à l'exigence de paix de sécurité et de solidarité dans son espace, a tout d'abord dépêché des missions de condoléances, de prise de contact et d'information de haut niveau à Conakry. Toutes ces initiatives ont été sanctionnées par la convocation du présent sommet extraordinaire, dans le souci de recevoir les informations pertinentes devant permettre aux Chefs d'Etat et de Gouvernement de se pencher sur la situation actuelle de la République de Guinée, au regard des dispositions de l'article 45 du Protocole de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance.

Monsieur le Président,

La République de Guinée, limitrophe de la Sierra Léone,  du Libéria et de la Côte d'Ivoire, a partagé avec ces pays  frères les conséquences des guerres civiles qu'ils ont endurées. C’est ainsi, qu’elle a accueilli sur son sol des années durant un flot important de réfugiés de ces pays et supporté le poids du déplacement de ses propres populations. Elle a aussi affronté les hordes rebelles en l'an 2000. Toutes ces épreuves ont contribué à ruiner l'embellie de sa croissance économique d'alors et aggravé la pauvreté de ses populations.

Les difficultés résultant de cette instabilité sous-régionale l'ont conforté dans sa vision de préservation de la paix.
C’est aussi le lieu de reconnaître que parallèlement, la mauvaise gestion des deniers publics   s’amplifiait, et l’Etat de plus en plus tendait vers la misère.
Depuis quelques années, vous suivez de près l'évolution tumultueuse de la situation politique et sociale de la Guinée, qui devenait un lot quotidien de malheur d’une population désabusée, pendant que les profiteurs de tout genre, s’affairaient pour dilapider avec une audace d’une ampleur sans précédente les biens de l’Etat.

Sourds et aveugles, les sentiments d’injustices s’emparaient de la population ; les auteurs de ces agissements ont fermenté et accéléré la prise de conscience d’un peuple connu pour son incroyable capacité d’absorption pour ne pas dire de soumission.

Pour sa part, le pouvoir politique miné par toutes sortes d’intérêts, et d’une alliance contre nature a été incapable d’apporter les réponses appropriées.
Les revendications sociales ont dégénéré en 2006, encore plus meurtrières ont marqué janvier/février 2007. Récemment aussi, en 2008, une cascade de revendications militaires, paramilitaires, corporatistes et syndicales  s'est achevée dans la violence. Toutes ces agitations, engendrant frustrations, pertes en vies humaines, destruction de biens publics et privés, insécurité grandissante, prolifération des filières de la drogue et des armes légères, ont mis à rude épreuve et affaibli l'autorité publique.

L’état de santé défaillant du Président de la république, engendre  des actions destructrices aussi bien de son entourage que de certains agents de l'administration publique et des milieux mafieux a mis le pays à genoux. Cette conjonction de faits a entraîné le pays dans un état de délabrement généralisé, quid des institutions républicaines en mal de dynamisme, dont les conséquences ont fait planer les risques d'une implosion sociale.
C'est pourquoi, à l'annonce de la prise du pouvoir par l'armée, les guinéens, toutes couches et sensibilités confondues, ont spontanément soutenu le programme proposé par le Conseil National pour la Démocratie et le Développement.

Monsieur le Président,

La question qui se pose légitimement donc est de savoir s’il fallait transmettre le pouvoir à cette assemblée qui symbolisait tout ce qui avait été dénoncé   par le peuple de Guinée, ou s’il fallait saisir l’opportunité d’un exceptionnel sursaut qui avait permis à la Guinée de repartir sur des bases normales ?

C’est ce dernier choix qui a permis à l’armée dès le lendemain de la mort du chef de l’Etat, la création du CNDD qui conduirait le pays  dans une période de transition afin de choisir les dirigeants qui reflètent des valeurs  d’éthiques et  de compétences.

Les actes posés par le CNDD, depuis sa création traduisent la détermination à respecter les droits de l’homme à inculquer une nouvelle façon de gouverner et par-dessus tout, sa volonté résolue de  passer la main à des dirigeants démocratiquement élus dans les conditions d’impartialité.

Monsieur le Président,

Madame et Messieurs les Chef d'Etat et de Gouvernement,
Les nouvelles autorités en place en Guinée ne sont certes pas venues au pouvoir par les élections classiques, mais, force est de reconnaître ce grand mérite de n’avoir porté délibérément atteinte au droit de l’homme, d’avoir protéger la personne humaine. Cela est vrai. Mais elles n'ont pas porté atteinte aux droits de l'homme. Elles ont pris le pouvoir pour éviter la violence et créer de meilleures conditions pour le libre exercice du jeu démocratique. Tous les guinéens sont unanimes à les accompagner vers la concrétisation de leurs engagements.

Le CNDD a tout fait pour éviter toute effusion de sang. Même les anciennes autorités (Premier Ministre et membres du gouvernement) ont été reçues dans le plus grand respect dans leur intégrité et de leur bien.
En dépit de la suspension des activités politiques et syndicales, toutes les formations politiques, syndicales et toutes les composantes de la société civile ont été reçues par les nouvelles autorités et qui leur ont demandé avec insistance de soumettre des propositions pour la gestion de la transition.
Un premier Ministre chef du Gouvernement a été nommé pour traduire en acte concret les nouveaux espoirs de renaissance du pays.
Une refonte en profondeur a été immédiatement engagée  pour bannir en son sein le favoritisme, et y imposer la discipline et le respect de la hiérarchie.

Ce sont ces actes forts qui ont ramené tout récemment les formations politiques guinéennes pour la première fois à s’associer et signer une déclaration commune dans laquelle elles posent des jalons pour que le pays puisse se doter d’une constitution respectable et cela dans les meilleurs délais afin d’aller vers des  élections libres et transparentes.
Les formations politiques ont par ailleurs pris acte à travers deux déclarations solennelles à savoir :  
Celle prise par le président du CNDD a quitté le pouvoir, l’armée et même le pays à la fin de la transition et celle  du Premier Ministre, chef du Gouvernement qui s’engage a conduire  en toute transparence  et de façon neutre et impartiale vis à vis de tous les partis durant toute la période de transition ainsi que le gouvernement.   

Monsieur le Président,

En prenant la parole devant vous, je voudrais vous demander  à chacun d’entre vous au delà des dispositions formelles de notre charte qui condamne les coups d’Etat de faire sa propre conviction sur ce qui aurait pu être la Guinée si le CNDD n’avait pas pris le pouvoir le 25 décembre 2008.
Les guinéens ont connu des soubresauts de plus en plus violent, seraient-ils restés passifs pour perpétuer tout ce qu’ils ont rejeté ces années  passées, ceux qui connaissent réellement la situation du pays, et je sais que chacun de vous en est un, ressentent un frisson à l’idée de penser  à cette alternative.

La CEDEAO, notre institution sous régionale de référence, qui nous a toujours soutenu dans les périodes difficiles devrait être le forum, le plus approprier et comprendre la douleur endurée par le peuple et s’assurer de la sincérité  des nouveaux dirigeants et accompagner, le pays vers la réconciliation avec la communauté Internationale. 
C'est pourquoi, à l'annonce de la prise du pouvoir par l'armée, les guinéens, toutes couches et sensibilités confondues, ont spontanément soutenu le programme proposé par le Conseil National pour la Démocratie et le Développement.

Au nom du peuple de Guinée et de son président, Moussa Dadis Camara, président du CNDD, j’ose espérer que notre appel sera compris et entendu par tous nos frères.

Avant de terminer, je voudrais exprimer au peuple et aux autorités de la république fédérale du Nigeria toute ma gratitude et mes sincères remerciements pour l’accueil chaleureux et l’hospitalité dont ma délégation et moi même ont fait l’objet depuis notre arrivée dans ce beau pays.

Je vous remercie.

 

AGP

 

 
 
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