|
Jeunes de Conakry et de Guinée,
Chers enfants, frères, sœurs et amis,
Mes chers compatriotes,
Au nom du Conseil National pour la Démocratie et le Développement CNDD, je tiens à vous remercier et à vous féliciter chaleureusement pour votre puissante mobilisation.
Aujourd'hui encore, vous êtes venus, vous, vaillante jeunesse de Guinée, qui êtes notre espoir, notre présent et notre avenir, vous êtes venus en grand nombre nous recevoir et nous encourager dans le processus de transition enclenché, le 23 décembre 2008, sous les auspices du CNDD
Ce jour-là déjà, vous avez eu votre mot à dire: vous avez été, vous, jeunes et femmes de Guinée, les premiers, à travers un plébiscite populaire, à montrer et à démontrer à la face de la Guinée et du monde que mes compagnons et moi, nous sommes venus en libérateurs et pacificateurs.
Cette démonstration de force était d'autant nécessaire, qu'aux yeux de certains, se fondant sur des idées reçues et de faux préjugés, nous étions présentés comme des usurpateurs ou des imposteurs. C'est dire que depuis le début, aux premières heures de la transition en cours, nous sommes ensemble et nous irons jusqu'au bout ensemble.
C'est dire aussi que vous êtes présents sur le terrain et sur tous les fronts, vous avez fait entendre votre voix et vos préférences, vous vous êtes clairement déterminés dans le langage de la vérité, de la sincérité, de la transparence, du courage et du patriotisme.
Toutes choses propres à une jeunesse responsable et éclairée comme celle de la Guinée.
Vous les jeunes, vous avez compris avant tout le monde et très tôt, que l'armée guinéenne fidèle à sa mission et à sa vocation, a répondu à un appel pressant de notre peuple, à une nécessité politique et historique, en devenant la locomotive de la transition.
Face à une vacance brutale du pouvoir, il n'y avait pas une autre alternative acceptable par tous, et pour éviter une bataille rangée pour la succession. En plus de la déliquescence prononcée de l'Etat, il y avait une méfiance, une défiance ouvertes des citoyens, à l'encontre des institutions de la République. Plus grave que tout cela, c'était la crise de confiance véritable entre gouvernants et gouvernés.
L'Armée, en raison de sa neutralité, de son sens élevé de la responsabilité, de son patriotisme prouvé et éprouvé sur plusieurs théâtres, a tout d'une autorité et d'un pouvoir de transition. Avec toutes les filles et tous les fils de Guinée, nous entendons une nouvelle fois honorer notre parole, et la réputation à venir au secours de la nation chaque fois que le besoin se fait sentir.
Jeunes de Guinée,
A notre tour et en cette occasion si solennelle, notre devoir est de vous écouter vous aussi, après avoir écouté d'autres, en d'autres circonstances et en d'autres lieux. La démarche et l'esprit du CNDD, c'est de se mettre à l'écoute de chacun et de tous sans préférence, sans discrimination et dans le cadre d'un dialogue franc et direct.
Nous savons que chacun peut un peu pour le succès de la transition. C'est pourquoi nous sommes partout, et avec tout le monde. Nous n'avons rien à imposer, ni exiger de personne. Au contraire, nous essayons de comprendre chacun, de prendre en compte tous les vœux, les différentes aspirations exprimées, afin que chacun se sente concerné par ce que nous faisons et se reconnaisse dans notre action et notre politique.
Je le dis encore: si la transition est conduite par le CNDD, elle est cependant issue d'une puissante volonté populaire ouvertement exprimée avant le changement de régime. Qui en Guinée et à l'étranger n'a pas appelé, plus d'une fois l'Armée à assurer la transition ? Celle ci ne peut donc être que l'affaire de tous, sans exclusion ni exclusive.
Vous les jeunes qui, avec les femmes, êtes les plus nombreux et représentatifs dans notre pays, vous qui avez été de tous les combats à différentes époques, dans le débat sur la transition, vous avez votre mot à dire. Est-il possible de vous ignorer dans cette phase de notre histoire? En tant qu'arbitre et totalement au-dessus de la mêlée, je garantis que ni vous, forces vives du pays par l'énergie que portez, l'espoir que vous incarnez, ni nos autres compatriotes, avec qui nous partageons une communauté de destin, ne seront exclus, marginalisés, parce que tout simplement n'appartenant à aucune chapelle, ne militant sous aucune bannière.
La majorité silencieuse que constituent nos compatriotes qui ne sont pas des acteurs politiques et sociaux, ou des militants connus et reconnus, a le droit de s'exprimer pour dire son mot, ses attentes et ses espoirs. Je m'empresse à propos, de lever toute équivoque et d'anticiper sur les spéculations à propos nos intentions et de nos ambitions dans ces consultations populaires. Pour nous, le débat ce n'est pas si nous devons partir ou non. Nous partirons conformément à nos engagements. Mais, c'est comment le faire, pour qu'après nous, ce ne soit pas le chaos, ni le désordre, pour nous ramener encore en arrière.
L'expérience autour de nous et vécue par d'autres en matière de démocratie et de transition, pourrait nous éclairer et édifier davantage. Ceci exige de notre part de l’humilité et de la prudence. Partout où on n'a pas développé et cultivé la conscience démocratique et civique, enraciné certaines valeurs, il n'y a jamais eu de stabilité politique et institutionnelle, malgré tous les arrangements politiques et les garde-fous placés.
Si toutes les forces de tous les ordres de notre pays n'adhèrent pas franchement à la transition, n'y croient pas sincèrement, si les élections n'ont pas lieu dans les conditions qui amènent tous à en accepter les résultats, la Guinée pourrait manquer un autre rendez-vous avec son histoire et son destin.
Dans l'histoire de la France elle-même, selon les circonstances, un général pour ne pas nommer De Gaulle, a été forcé de partir et de revenir par la suite. Nous, pour notre part, nous voulons partir en organisant une succession tranquille, sur laquelle aucune menace ne pèsera, aucun péril ne pèsera, afin que nous ayons le sentiment d'une mission accomplie et bien accomplie, en homme d'.honneur et en véritable soldat.
Jeunes de Guinée,
Notre ambition c'est d'amener la Guinée à rompre avec le cycle de l'éternel recommencement; notre pays doit cesser d'être montré du doigt. Aussi, a-t-elle besoin d'institutions fortes et d'hommes crédibles, patriotes et éclairés pour la gouverner et faire le bonheur et l'honneur de la Guinée et des Guinéens.
Voilà exprimée, l'ambition et la préoccupation du CNDD et de moi-même. En dehors de tout calendrier, des échéances programmées, des questions doivent être débattues dans un cadre le plus large possible et avec tous les Guinéens d'ici et de l’étranger
Ces assisses nationales doivent porter sur la restructuration de l'Armée, à travers sa formation et son équipement, pour en faire une armée républicaine, vouée à la défense de l'intégrité territoriale et des institutions démocratiques. Il y a aussi l'éducation civique et politique des citoyens, qui incombe en premier lieu aux partis politiques et à d'autres, pour redonner confiance dans la politique et aux élections.
La lutte contre la, corruption, les détournements des deniers publics, le trafic et la consommation de la drogue, l'impunité doit se poursuivre également pour aboutir à la moralisation de la vie publique, à une meilleure orthodoxie de la gestion.
Loin d’être une chasse aux sorcières ou une tentative de salir et disqualifier notre élite, dont nous avons besoin pour surmonter les épreuves actuelles et affronter les défis des lendemains incertains, l'opération "Coup de poing" en cours, n'a d'autre but que de changer les pratiques et les habitudes, par des séances publiques d'exorcisme. Ce n'est donc dirigé contre personne et je veillerai comme je l'ai promis, qu'il n'y ait pas d'abus et que les droits des uns et des autres Soient respectes.
Avant d'assumer notre histoire, pardonner et se réconcilier, il nous faut la connaître, cette histoire, pour apprendre de nos erreurs et pour que "plus jamais ça" sur le plan politique, économique et social.
A cet égard, j'appelle à l'organisation d'une journée nationale de réconciliation, de pardon et de prières sur toute l'étendue du territoire national, pour faire le deuil de nos innocentes victimes et commencer à vivre ensemble dans l'harmonie.
C'est un passage obligé pour la Guinée nouvelle de demain, dont nous, nous allons poser les jalons après avoir tout nettoyé. Nous laisserons à nos successeurs une maison propre et habitable, à vous la nouvelle génération, nous voulons laisser un pays qui cultive la vertu et la transparence, qui reconnaît votre place et vous laisse pleinement jouer votre rôle. C'est ainsi que nous concevons et percevons notre mission, certes, ingrate mais exaltante parce que s'inscrivant dans le cadre de la défense de l'intérêt général et d'une rupture douloureuse, mais nécessaire avec le passé.
Jeunes de Guinée,
J'ai entendu votre message. Le CNDD vous a écouté. Comme le général De Gaulle je dirai que " je vous ai compris".
Mais j'ajouterai aussi et, malheureusement, que le CNDD n'est pas compris. Pas assez en tout cas, pour nous aider à respecter nos engagements, tout en rétablissant les équilibres perdus sur le plan économique et financier, et améliorer les conditions de vie des populations.
Depuis 100 jours bientôt que nous sommes au pouvoir, nous avons pris en compte le vœu des Guinéens qui ont encouragé et soutiennent la transition et de nos partenaires soucieux du- suffrage universel. Partenaires, acteurs politiques et sociaux, nous partageons l'espoir et le serment d'une transition réussie et exemplaire.
Une transition, hélas, sur laquelle pèsent aujourd'hui des risques évidents et de loin plus graves qu'une velléité quelconque de confiscation du pouvoir par le CNDD. En effet, comment réussir la transition avec l'isolement du pays et la suspension de la coopération et de l'aide, financière avec la Guinée? Nul n'ignore à commencer par les partenaires qui nous ont tourné le dos parce qu'ils ont eu à s'en plaindre souvent le contexte historique, politique, social et surtout financier du changement de régime.
Les caisses de l'Etat sont vides. Malgré l'effort de recouvrement des créances compromises de l'Etat, les dépenses sont plus élevées que les recettes qui ne cessent de baisser, pour beaucoup de raisons, essentiellement la perte de confiance dans le système due au boycottage du CNDD par certains manipulateurs qui fabulent devant la communauté internationale. Peut-on opposer à la souveraineté d'un .peuple, à sa volonté et ses choix des principes quelconques ? C’est pourquoi la communauté internationale devrait continuer à accompagner la Guinée au plan financier comme elle le fait sur le plan politique dans le cadre de la transition. Sinon, les efforts en cours pour restaurer la démocratie et préserver la paix sociale ne seront pas couronnés de sucées.
Plus grave, la stabilité politique et sociale du pays sera durablement et sérieusement menacée. Sans une transition comprise et acceptée par tous, matériellement et financièrement soutenue au plan intérieur et extérieur, de manière qu'elle ne butte pas sur des tensions et crises sociales, qu'une situation de cessation de payement de l'Etat pourrait provoquer, nous ne pourrons atteindre nos objectifs. A qui sera la faute ?
Jeunes de Guinée, Chers compatriotes et amis de la Guinée,
Peut-on parler de démocratie, de liberté, d'élections, quand l'Etat ne peut pas faire face à ses obligations vis-à-vis de ses citoyens, des fonctionnaires à cause du manque à gagner lié au gel de l'aide financière internationale ?
Peut-on aller à des élections, lorsque la paix sociale se trouve menacée ? Quand on sait que si les populations manquent du minimum, elles descendent dans la rue pour revendiquer et se faire entendre des autorités?
Le choix à faire est simple: soit aider au bon déroulement de la transition en rompant l'isolement politique, diplomatique et financier qui pèse sur le pays, ou continuer à pratiquer la politique du refus et courir ainsi le risque de voir la Guinée basculer dans un chaos dont elle va se relever difficilement et de nombreuses années après, comme certains pays.
Notre région et notre sous-région qui ont tant souffert des guerres, des crises politiques et sociales, ont-elles besoin d'un nouveau foyer de tensions? Nous devons tous méditer et faire des choix éclairés et sages qui préviennent les conflits et les tensions, au lieu de les créer et les entretenir pour rien et pour de bon.
Jeunes de Guinée,
A la veille des 100 jours de l'avènement du CNDD au pouvoir, le temps de l'euphorie et de la réflexion est passé. Il est arrivé le moment d'agir avec plus de force, de détermination, de patriotisme, de volonté encore. Notre mission est de rassembler tous les Guinéens de toutes les sensibilités, de tous les horizons, principalement vous les jeunes autour de l'idéal et du programme de la transition pour que la relève soit sure et efficace, en poursuivant et amplifiant les efforts et les actions d'aujourd'hui.
Je souhaite avec le CNDD que toutes les forces vives au sens large du terme soient impliquées dans la transition, la mènent avec nous, l'enrichissent par des contributions et expériences diverses : ensemble, nous irons vite et bien et allons réaliser une grande œuvre pour notre pays, les futures générations. Aussi voudrais-je solennellement tendre la main aux partis politiques, aux syndicats, à la société civile, aux religieux, aux jeunes et aux femmes, bref à toutes les composantes politiques et sociales pour participer à la conduite de la transition dans toutes ses phases et toutes ses instances.
Nous croyons en une gestion consensuelle et participative de la transition. Pour cela, des décisions rapides et efficaces doivent être prises pour apporter une nouvelle dynamique à la transition, un meilleur souffle au gouvernement, impulser l'administration et l'appareil d'Etat. Il faut pour ainsi dire accroître la confiance et l'espoir des guinéens dans le grand ballet, balai du changement.
Pour le CNDD et moi, gouverner c'est agir, régler les problèmes des citoyens, aller dans le sens de la volonté du peuple. Et personne n'est mieux indiqué que vous, nous car je fais partie de vous, jeunes, pour 'agir et peser sur l'histoire et l'avenir de notre pays. Et vous avez dit votre mot aujourd'hui qui n'est pas' le dernier sur une transition que vous êtes prêts et déterminés à soutenir et servir.
Votre exemple doit être encouragé et suivi par les Guinéens et tous les amis de la Guinée. On ne peut prétendre aimer la Guinée et bafouer la dignité des Guinéens et les priver de leur droit élémentaire à la vie, en refusant de reconnaître des autorités qui parlent et agissent en leur nom, et dans lesquelles ils se reconnaissent parfaitement.
Jeunes de Guinée,
Je retiens de vous aujourd'hui:
1- Votre entière et totale adhésion aux idéaux du CNDD. Que vous en soyez remerciés,
2- L'obligation de vous associer aux organes de prises de décisions,
3-L'obligation de vous associer aux travaux des organes de la transition,
4- Votre souhait de déterminer le chronogramme pour une transition apaisée et efficace et aussi, harmoniser les propositions de chronogrammes pour une n1eilleure expression de la volonté des masses,
5- Votre souhait et voire exigence de restituer a la jeunesse, les édifices publiques vous revenant de droit et qui ont été bradés par un système népotique et de favoritisme,
6- Votre souhait de déterminer un timing de la transition ou tout au moins, prendre en compte les quelques propositions que vous avez avancé.
En clair, vous convenez avec moi que j'ai l'obligation de vous écouter et de prendre en compte vos aspirations nobles, jeunes de Guinée, avenir de notre Nation.
Chers Compatriotes,
Cependant, je vous réitère que ma bonne foi, celle du CNDD, la sincérité qui nous anime, nous impose à rester et demeurer impartial.
Cette impartialité entraine inéluctablement, à travers les futurs proches j eux politiques de notre pays, une neutralité sans indifférence car, depuis que j'ai accepté, à la demande de mes compagnons d'armes d'occuper les lourdes mais nobles responsabilités de Président de la République et de Chef de l'Etat, je ne saurai être indifférent ni aux obligations qui m'incombent comme son chef, ni à la nécessité d'assumer fidèlement les devoirs liés à mes charges.
C'est ainsi qu'il s'avère aujourd'hui important pour moi, pour les membres du CNDD et de son gouvernement d'avoir certains comportement, en accord avec les engagements pris et à respecter :
- Celui de se mettre au dessus de la mêlée, en assurant un rôle d'arbitrage ;
- Celui de préserver la position de notre Guinée commune dans le concert des Nations afin de garder notre place si chèrement arraché par nos devanciers, dans ce grand village planétaire :
- Celui de préserver l'harmonie avec le Groupe International de Contact ;
- Celui de prendre aussi en compte la proposition de chronogramme des forces vives ;
- Celui de prendre en compte, le phénomène générationnel et vous permettre d'engager les grands chantiers pour le futur, en jetant un regard dans le rétroviseur de notre pays à travers le temps, les hommes et les actions qui ont animés cette période ;
Pour qu'ensemble, les enfants du pays, la main dans la main, puissions enfin, dans l'ordre, la discipline et le patriotisme, écrire au propre notre histoire et déterminer « où sommes-nous ? », « où allons-nous ? » et « comment y parvenir ? ».
Pour assurer cette position centrale, de neutralité sans indifférence en adoptant une position de recours ou d'arbitrage, je pense que pour le bien de toute la nation, la meilleure issue, sans exclusion aucune, serai l'organisation d'une plate-forme, de concertation Nationale ou d'un forum à travers un caractère "Participatif et Inclusif' qui vous permettra, toutes sensibilités confondues, de dégager les organes, cadres et instruments de la transition.
Cette plate forme ou forum permettra j'en suis certain de déployer la motivation qui procède du fait que tous les Guinéens, de tous bords confondus et dans la différence, de par notre qualité de « citoyen », avons en droit et devoir, l'obligation de comprendre, d'agir, et d'assumer positivement car, la « nature a enraciné dans nos cœurs, un attachement profond et indissoluble pour la patrie où nous avons reçu le jour et qui a nourrit notre enfance ».
Ainsi seront observés d'une manière rigoureuse le respect de tous les pluralismes existants dans la société, l'égalité entre homme, jeune et femme, la garantie et la promotion des droits de la personne humaine.
Afin que notre pays, puisse entamer avec toutes les forces vives sans exclusive, son ascension vers le bonheur en force, dans la beauté, dans la sagesse, avec à la couronne, une démocratie vraie et un développement réel, dans la prospérité, la justice et la solidarité.
Merci à la vaillante jeunesse guinéenne et à toutes les forces vives pour leur soutien renouvelé et constant dans un grand élan patriotique et républicain.
Vive la jeunesse
Vive le CNDD
Vive la Guinée
Je vous remercie.
|