Contexte et
justification
Parce qu’elle est au service de
tous et qu’elle représente l’intérêt général et non des intérêts particuliers, l’Administration a le devoir d’être impartiale et responsable. A cet effet,
elle doit s’exprimer correctement tant du point de vue de la
clarté que du point de vue de l’objectivité.
Elle doit également s’exprimer
correctement tant du point de vue grammatical que du point de vue de la
précision, pour éviter les graves inconvénients résultant d’un mauvais choix
des termes ou d’une syntaxe fautive, voire d’une simple erreur de ponctuation :
il en va de l’image même du pays
Or, aujourd’hui en Guinée, la
pratique révèle, par exemple, un usage abusif des majuscules dans les écrits
administratifs. Elle révèle également que certaines règles de présentation sont
trop souvent oubliées ou délibérément transgressées notamment en ce qui
concerne les textes législatifs et règlementaires.
La présente note a justement pour
objet d’aider à corriger ces lacunes, c'est-à-dire à qualifier le style des
écrits de notre Administration et à l’harmoniser avec la pratique des autres
Etats francophones en rappelant quelques règles relatives au bon usage des
majuscules et aux mentions d’identification et de présentation des textes
législatifs et réglementaires.
I – Du bon usage des
majuscules
- Adjectif qualificatif : On écrit l’adjectif qualificatif avec une majuscule quand il est intimement lié
au nom et fait corps avec lui ; il est alors rattaché à ce nom par un
trait d’union : la Grande-Bretagne, les Etats-Unis d’Amérique, les
Nouvelles-Hébrides, le Saint-Père.
Mais dans ce dernier cas,
l’adjectif qualificatif prend une minuscule lorsqu’il désigne le saint
lui-même : saint Pierre, saint Paul (sans trait d’union, en plus).
L’adjectif qualificatif prend
seul la majuscule quand il qualifie un terme géographique auquel il n’est
pas rattaché par un trait d’union : l’océan Atlantique, la mer
Méditerranée, le mont Loura ; mais employé isolément, « océan »
prend une majuscule : il traverse l’Océan.
Dans les autres cas, l’adjectif
qualificatif prend une minuscule : Assemblée nationale, Cour suprême,
République démocratique du Congo.
- Grades, fonctions et
dignités : On écrit toujours en lettres minuscules les noms servant à
désigner les grades : le général de Gaule, le colonel Muhammar Kadhafi. Il
en est de même des fonctions (conseiller, juge, ministre, premier président,
avocat général, président, procureur général, procureur de la République, préfet, gouverneur) et des dignités (roi, empereur, prince, pape, émir).
Exceptions : Président de la République, Premier ministre. De même, employés comme titres
honorifiques, ils prennent une majuscule : Monsieur le Préfet,
Monsieur le Gouverneur, Monsieur le Ministre.
- Organismes
administratifs ou juridictionnels et autres institutions : Lorsque
l’institution désignée est unique, les substantifs prennent la majuscule, ainsi
que le premier mot, quelle que soit sa nature : Assemblée nationale, Cour
suprême, Direction nationale des Douanes, Inspection générale des Finances,
Direction nationale des Eaux et Forêts, Haute Cour de Justice.
Mais, lorsque
l’institution n’est pas unique, qu’elle est l’émanation d’une catégorie
d’organismes semblables, la minuscule est de rigueur ; seul le nom qui
détermine l’institution prend une majuscule : ministère de la Justice, ministère de l’Economie et des Finances, cour d’appel de Conakry, préfecture de
Dubréka, sous-préfecture de Banora, justice de paix de Dinguiraye, tribunal de
première instance de Kindia.
- La
majuscule de courtoisie ou de déférence : On peut abréger les termes
de civilité quand ils sont suivis du titre ou du nom des personnes dont on
parle : M., MM. pour monsieur, messieurs ; Me, Mes pour maître, maîtres ; Mlle, Mlles pour
mademoiselle, mesdemoiselles ; Mme, Mmes pour
madame, mesdames. Il faut surtout retenir que monsieur s’abrège
« M. » et non « Mr » qui correspond à l’abréviation
anglaise.
Quand on
s’adresse à une personne par écrit, le terme de civilité est écrit en
entier avec une majuscule : Monsieur, Madame, Mademoiselle, Monseigneur,
Maître, Docteur.
Dans une
correspondance, on utilisera donc la majuscule de courtoisie dont
l’absence pourrait étonner le destinataire, surtout s’il s’agit d’un
supérieur hiérarchique. Ainsi, on écrira : Monsieur le Directeur national
des Travaux publics.
-
Fêtes légales : les noms des fêtes légales prennent une
majuscule : Deux Octobre, Premier Novembre, Trois Avril, Fête de Tabaski,
Lundi de Pâques.
- Mois et
jours de la semaine : Sauf pour les fêtes légales, les mois et jours de
la semaine s’écrivent en minuscules : janvier, février, lundi, mardi.
- Ordres et
décorations : Les noms des ordres civils, militaires ou religieux et
les distinctions civiles et militaires prennent une majuscule au mot
caractéristique ; mais l’adjectif qu’ils comporteraient s’écrit toujours
en minuscules : l’ordre national du Mérite.
- Partis
politiques et syndicats : Le nom qui entre dans le libellé d’un parti
politique, d’un syndicat ou d’une association aux statuts déposés prend une
majuscule : le Parti démocratique de Guinée, l’Union des Forces
républicaines, la Confédération nationale des Travailleurs de Guinée.
-
Nationalité et ethnies : Les noms liés à la nationalité et aux ethnies
prennent une majuscule : un Guinéen, un Sénégalais, un Français, un
Sarakolé, un Guerzé, un Bambara.
Mais, pris
adjectivement, ces noms s’écrivent avec une minuscule : le peuple guinéen, l’ethnie toma.
- Points cardinaux : Les noms de points cardinaux sans
complément de lieu s’écrivent avec une majuscule : l’Est, l’Ouest, il
vient du Nord. Il en est de même lorsque ces noms désignent des régions
géographiques : les pays de l’Est, les départements de l’Ouest, les gens
du Midi.
Mais, employés
dans le sens de direction, ils s’écrivent avec une minuscule : le vent
souffle de l’ouest.
De même, les
noms composés de points cardinaux s’écrivent avec une minuscule : le
nord-ouest, le sud-est.
- Sociétés, associations, centres, comités, compagnies, établissements, instituts,
ordres professionnels, etc. : Les noms de sociétés, compagnies,
établissements et autres s’écrivent avec une majuscule seulement au
premier mot faisant partie de la raison sociale.
Si ce
premier mot est un article ou un adjectif, le nom qui suit porte
également la majuscule.
Quant aux
adjectifs que les noms de ces entités comportent, ceux-ci s’écrivent toujours
avec une minuscule.
De même, les
mots « société », « association », etc., qui sont par
nature des noms communs, ne sont pas nécessairement compris dans la raison
sociale et s’écrivent avec une minuscule.
Quant aux
sociétés dont la raison sociale relève d’une langue étrangère, il y a lieu de
mettre entre guillemets l’intitulé étranger, dont les mots prennent chacun une
majuscule : la société « National Insurance Company ».
Les sigles des mêmes organismes s’écrivent en lettres majuscules collées, c'est-à-dire non
séparées par des points : la Société générale de banques en Guinée (SGBG), la compagnie Air Afrique, l’Observatoire national de la démocratie et des droits de
l’homme (ONDH), l’association Les Amis de la nature, l’Ecole nationale
d’administration et de magistrature (ENAM).
Cependant,
d’autres sources documentaires - mais plus anciennes - voudraient qu’on écrive
le nom des sociétés, établissements, etc., avec une majuscule à tous les
substantifs ainsi qu’au premier mot quelle que soit sa nature : la Société générale de Banques en Guinée, la Compagnie Air Afrique, l’Association Les Amis de la Nature, l’Office des Postes et Télécommunications, l’Observatoire national de la Démocratie et des Droits de l’Homme, l’Ecole nationale d’Administration et de Magistrature.
- Titres
honorifiques ou professionnels : Les titres honorifiques ou
professionnels prennent une majuscule : Son Excellence
Monsieur l’Ambassadeur, Monsieur le Président, Monsieur le Préfet, Monsieur le
Gouverneur, El Hadj Alpha Amadou Tall.
- Président prend une minuscule quand le mot auquel il s’applique a valeur de
désignation commune : le président du tribunal, le président-directeur
général d’une société. Mais il prend une majuscule dans une acception
honorifique : Monsieur Thiam, Président de chambre (ou de section) ou
Président-directeur général de société.
-
Expressions et mots divers : Les mots Etat, Nation, République s’écrivent
avec une majuscule, puisqu’il s’agit d’institutions uniques : l’Etat
guinéen, le procureur de la République.
On écrit le
Code civil, le Code pénal, le Code électoral, la Loi fondamentale, la Constitution,
la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen, la loi, le Journal officiel.
Les noms
communs servant à désigner un organisme ou une institution s’écrivent avec une
majuscule : l’Administration, les Assises, la Bourse, la Faculté (mais, la faculté de Droit), la Cour (mais, cour d’appel), le Parquet, la Partie (requérante ou requise) en matière d’extradition.
II – Des mentions
d’identification et de présentation des textes législatifs et réglementaires
Les textes législatifs et
règlementaires comportent certaines mentions qui les distinguent les uns des
autres, mais aussi des autres documents administratifs, et qui sont destinées à
en faciliter le contrôle, le traitement, le classement et la recherche
ultérieure. Il s’agit du numéro d’enregistrement, du sigle du service
d’origine, de la date de signature et de l’objet du texte.
Toutefois, la loi, l’ordonnance
et le décret comportent, contrairement à l’arrêté et à la décision, un titre
qui réunit en une seule formulation un numéro d’enregistrement en deux parties
(année et numéro d’ordre chronologique) en plus des autres mentions.
Au-delà de ces remarque et ainsi
qu’il a été indiqué plus bas, il convient d’éviter les redondances dans la
présentation du titre.
De même, il serait intéressant de
faire figurer la date dans le titre de l’acte législatif ou règlementaire à la
première page, même si l’on doit aussi la porter au-dessus de la signature à la
fin du dispositif. En effet, un arrêté, un décret (surtout s’ils sont de nature
règlementaire) ou une loi peuvent comporter plusieurs pages ; il serait
dès lors fastidieux pour l’utilisateur d’avoir à se reporter à la dernière page
d’un texte qu’il est amené à consulter pour en connaître la date. La gêne et la
perte de temps qui en découleraient seraient contraires au souci d’efficacité
qui doit présider à l’élaboration de tout document de travail.
Il convient également de faire
une remarque, valable pour tous les actes législatifs ou règlementaires, sur la
présentation de l’objet de l’acte, souvent introduit par une formule composée,
telle que « portant organisation », « portant
définition », « portant modification », cette formulation
paraissant sans doute plus solennelle aux rédacteurs. Il conviendrait cependant
de s’efforcer d’éviter le style lourd et l’abus des substantifs qui guettent la
rédaction administrative. A cet égard, une formulation plus simple, telle que
« organisant », « définissant », «modifiant »
conviendrait souvent aussi bien, tout en étant plus conforme au bon usage de la
langue française.
Il convient tout aussi de
supprimer la virgule souvent placée à tort, dans le titre, avant le mot
« portant » qui annonce l’objet du texte législatif ou règlementaire,
puisqu’il s’agit là d’un verbe conjugué au participe présent qui doit donc
rester uni à son sujet. Cette remarque est également valable pour les visas.
Ainsi, à la première page du
texte, au lieu de, par exemple :
- Arrêté N° A/2005/045/MEF/SGG, portant affectation de contrôleurs
financiers ;
- Arrêté N° A/2008/123/PM/CAB/SGG, portant … ;
- Décret N° D/ 2006/027/PRG/SGG, portant création, organisation et
fonctionnement… ;
- Loi L/2007/065/AN ratifiant et promulguant… ;
Ces formulations comportant,
chacune, une redondance, en l’occurrence la répétition de la nature de l’acte
règlementaire concerné à travers son abréviation, outre l’utilisation inappropriée
de la virgule, il convient d’écrire :
- Arrêté n° 45/MEF/SGG du 13 mai 2007 portant affectation de contrôleurs
financiers
(en
abrégé : A. n° 45/MEF du 13 mai 2007) ;
- Arrêté n° 123/PM/SGG du 22 mars 2008 portant… (en abrégé : A. n°
123/PM du 22 mars 2008) ;
- Décret n° 2006-27/PRG/SGG du 21 avril 2006 portant création,
organisation et fonctionnement… (en abrégé : D. n° 2006-27/PRG du 21
avril 2006) ;
- Loi n° 2007- 65/AN du 7 juin 2007 ratifiant et promulguant… (en
abrégé : L. n° 2007- 65/AN du 7 juin 2007).
En ce qui
concerne les visas relatifs à la Constitution, il ne suffit pas de viser cette dernière de façon générale, il faut en préciser les dispositions
particulières qui fondent la décision envisagée.
C’est ainsi que
pour un décret, avant la récente prise du pouvoir par l’Armée, on devrait écrire,
par exemple : « Vu la Loi fondamentale, notamment en ses articles 37
et 38 », étant entendu que ce sont ces derniers qui édictaient respectivement
que le Président de la République dispose du pouvoir réglementaire qu’il exerce
par voie de décret.
Pour un arrêté,
ce devait être par exemple l’article 39 qui permettait au ministre d’exercer le
pouvoir règlementaire par délégation du Président de la République.
En outre, dans
le cas particulier du décret, celui-ci est pris d’office ou « sur
proposition » ou « sur le rapport » du ministre concerné. En
plus, après les visas et « Considérant », devront être portées, s’il
y a lieu, les mentions relatives aux consultations : avis d’organes
consultatifs, délibérations en Conseil des ministres. Il reste entendu qu’on
utilise les visas pour ce qui est palpable, contrairement aux
« Considérant ».
La formule de
présentation d’un décret est alors, par exemple :
DECRET
n° 2006-27/PRG/SGG du 21 avril 2008
portant
création, organisation et fonctionnement…
LE
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE,
Sur
proposition (ou « Sur le rapport ») du ministre de … ;
Vu la Loi
fondamentale (ou la Constitution), notamment en ses articles 37 et 38 ;
Vu la Loi n° 2007-68/AN du 8 juin 2007 fixant… ;
Vu le Décret
n° 2006-27/PRG/SGG du 21 avril 2006 portant … ;
Considérant
… ;
Vu l’Avis
explicite en date du …de la Cour suprême ;
Le Conseil des
ministres entendu en sa session du … ;
DECRETE :
Article 1er : ….
Conakry,
le 21 avril 2008
(Nom
du signataire).
En ce qui
concerne l’ordonnance, il y a lieu de relever que celle-ci a valeur de
loi ; elle peut abroger une loi préexistante. Cependant, en raison de son
origine gouvernementale, sa présentation se rapproche de celle du décret à
quelques variantes de terminologie près.
En outre, bien
qu’étant de valeur juridique supérieure, l’ordonnance peut viser un décret, notamment
un décret relatif à l’organisation des pouvoirs publics ou qui constitue un
acte cadre, étant entendu que les deux actes juridiques sont pris au même
niveau de décision.
III –
Conclusion
Concision et
clarté, impersonnalité et neutralité sont, une fois de plus, les
caractéristiques du style des écrits de l’Administration.
L’homogénéité
nécessaire de ce style ne sera assurée que si les rédacteurs, à quelque service
ou localité dont ils relèvent, acceptent d’observer les règles indiquées plus
haut. Par le respect de celles-ci, la personne du rédacteur s’efface derrière
l’Administration qu’il représente.
En d’autres
termes, l’homogénéité du style des écrits de l’Administration participe à assurer
la prééminence, la permanence et l’efficacité de l’Administration, c'est-à-dire
à améliorer les performances de notre Administration et à donner une meilleure
image de l’Etat ainsi que s’y sont d’ailleurs engagées les nouvelles autorités du
pays
Thème présenté par Hassane II Diallo,
Magistrat,
Conseiller juridique du Premier ministre
hassan2diallo@yahoo.fr
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